C’était le titre et l’enjeu résumé de la table ronde proposée par nos ami·e·s de Respects, et organisée le 14 mars dernier au domaine de Candie. Pour Mixagrumes qui était aussi invité, c’est Isa et Fred qui ont répondu présents, William Perucca en sa qualité de chef de cuisine (et mixagrumiste!), ainsi que Claire, horticultrice pour les Jardins de la Bourdette à Grépiac et Camille Schilling, pour le CIVAM Occitanie.
Les enjeux, en préambule, posés par Jacques Solomiac de Respects :
Les groupements d’achats solidaires (GAS) de RESPECTS Occitanie s’inscrivent dans une démarche militante et éducative pour manger moins et mieux, au profit de la santé.
Cette approche critique de la consommation met au premier plan les critères d’équité, de solidarité (avec les producteurs) et de durabilité.
Avec les GAS de RESPECTS Occitanie nous avons découvert des fruits qui ont du goût et qui peuvent (hors intempéries) se conserver longtemps. Ils sont généralement bio et d’un tarif abordable.Force est de constater que le climat se dérègle, les conditions de cultures sont de plus en plus difficiles pour les producteurs, la santé des consommateurs toujours plus menacée par la pollution et les produits ultra transformés. Ces conditions difficiles nous amènent à nous interroger sérieusement sur le sujet pour consolider (honnêtement) notre engagement avec les producteurs connus ou à associer.
La question qui est posée ce matin : Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
Cette question n’est pas anecdotique. Pour poursuivre cette action, il va falloir s’adapter, entrer vraiment dans la transition, nécessaire, mais que nous fuyons et nous organiser (pour attendre les livraisons, accepter quelques fruits pourris et des cycles de productions décalés, rencontrer de nouveaux producteurs, etc.). Est-ce qu’on est prêt à s’engager?
Vaste sujet, mais ô combien important. Et nous n’avions que 2 heures 😉 Néanmoins, cela a été l’occasion de présenter nos démarches respectives et d’avoir un échange avec la salle.
La relation entre producteurs et consommateurs/mangeurs a été au centre de cette discussion. Comment l’initier, la développer, la nourrir pour qu’elle puisse pleinement « fructifier » ? Il n’y a sans doute pas de solution miracle, et cela repose avant tout sur une prise de conscience et une confiance inscrites dans la durée. Les mangeurs ne sont pas de simples consommateurs, et pour prendre la mesure des enjeux agricoles, sociaux, économiques, il est toujours nécessaire de prendre ce temps de la rencontre sur place dans les fermes. Pour le producteur, comme le rappelait Claire des Jardins de la Bourdette à Grépiac, cela peut être chronophage, il faut aussi y veiller. Ainsi, ces rencontres nécessaires peuvent aussi être des occasions pour participer à un temps de cueillette, d’entretien, de préparation du sol…
Les producteurs sont confrontés aux aléas parfois extrêmes du changement climatique. Être et se savoir entourés, construire des principes de mutualisation face aux risques est un enjeu crucial pour le temps présent et les années à venir. L’exemple des « coproductions », sur le principe de pré-commandes à l’avance avec nos partenaires producteurs en Sicile est une des possibles mises en pratique. Il y en a d’autres comme les mécanismes d’établissement des prix.

Dans la relation commerciale avec les producteurs, au cœur du principe de circuit court, il y aussi l’attention portée aux aspects logistiques, comme par exemple l’acheminement des derniers kilomètres. L’anticipation est aussi le maître mot : pour un restaurateur de cantine scolaire par exemple ou un restaurant qui se soucie de se fournir au plus près, il faut alors composer avec les capacités de ses fournisseurs, et faire avec ce qu’il y a. Pas toujours évident, précise William Pérucca, chef restaurateur, mais là aussi, c’est à construire.
Dans l’ensemble, pour se faire une idée de ce que représentent les circuits courts et plus globalement les pratiques alternatives pour se réapproprier notre alimentation, les acteurs ont besoin de se rencontrer, d’échanger. Le Civam d’Occitanie (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) accompagne nombre de ces pratiques. Il a notamment mis en place une plateforme de commande pour faciliter la logistique de certains groupements d’achats sur la région.