L’Azienda Ciuri, c’est, comme souvent, une histoire de famille. Dans cette plaine de la province de Catane, le grand-père a eu l’idĂ©e visionnaire de creuser un puits. Le mĂŞme qui alimente la ferme depuis 50 ans. Sur les 30 hectares, plus des 2 tiers sont cultivĂ©s en cĂ©rĂ©ales (blĂ© noir) et lĂ©gumineuses (fourrage pour animaux), en rotation pour nourrir le sol. Quelques mille oliviers (olives de table), de l’artichaut violet (violeto catanese) sur près de 6 hectares et du fenouil font aussi partie des productions. Salvatore, le père, est entrĂ© dans le Consortio en 2011 et c’est Roberta, sa fille qui nous accueille au milieu des champs d’artichauts.

Après des études dans le génie civil et 5 ans de travail dans des instituts privés, Roberta est fière d’avoir repris la ferme de ses parents. Repassée par la case études en agronomie, option « sauvegarde du territoire et environnement » et titulaire d’un doctorat (thèse sur la destruction des zones humides), elle a beaucoup d’idées en tête comme moderniser le système d’irrigation, remplacer le vieux tracteur, s’appuyer sur un système photovoltaïque pour alimenter la pompe, gourmande en électricité.

Roberta et son père Salvatore
En cette fin octobre, les artichauts ne sont pas encore prêts à être récoltés. Il faut attendre fin novembre/début décembre et la récolte s’étale sur plusieurs mois, jusqu’à mai/juin. L’artichaut est une vivace dont nous dégustons en fait la fleur. Un même plant peut donner plusieurs années de suite, mais le rendement est meilleur en démultipliant la racine (rhizome) chaque année. La plantation se fait à l’été, les premières pousses nommées « la mama », très tendres peuvent se manger entièrement.

Les feuilles poussent les premières, puis la tête sort au milieu des feuilles les plus tendres. Il faut compter environ 20 à 25000 têtes d’artichaut par hectare avec une moyenne de 5 têtes par plant. Mais certains ne donnent pas… C’est une culture qui demande beaucoup de temps dans le champ et de l’expérience pour bien tailler et trier les fleurs.

Le plant nécessite un arrosage au goutte à goutte de 20 litres d’eau tous les 3 jours par temps sec. Un vieux bassin, plus tout à fait imperméable, est alimenté par le puits et par la récupération des eaux de pluie. Le désherbage s’il y a lieu se fait à la main en début de culture. Quand le plant est suffisamment grand, on peut désherber au tracteur sans risquer de déchausser les rangs. Pailler n’est pas envisageable car le vent souffle trop fort.

Le vieux bassin de stockage d’eau de pluie, alimentĂ© aussi par l’eau du puits
Côté prédateurs et ravageurs : champignons, pucerons, escargots, limaces mangent les fleurs, les rongeurs s’attaquent aux racines. Le froid permet de limiter les insectes.
Nous menons une expérience en préparant nos plants avec un mycélium qui entoure la racine et qui par symbiose la protège et la nourrit, et sur les feuilles nous pulvérisons un mélange d’eau et d’algues, précise Roberta.
Sur le volet commercialisation, Roberta nous explique que le frais constitue le gros de la vente, notamment à la période des fêtes de Noël. Cuisinés rôtis en barbecue ou fourrés, les cœurs peuvent aussi être mis en conserve au naturel ou à l’huile et transformées en tapenade – un régal ! Pour le moment, il n’y a pas d’atelier de transformation sur la ferme mais cela fait partie des projets. « Le consortio n’a pas de laboratoire de transformation à lui. D’une part, nos fermes sont assez éloignées les unes des autres et il faudrait aussi des machines différentes selon les cultures ».

Quel intérêt verrais-tu à développer un système de pré-commandes (co-production) ?
Cela nous permettrait de sécuriser grandement l’investissement. C’est aussi beaucoup plus motivant si l’on sait que le fruit de notre travail est attendu.
Que penses-tu du projet de Fondation ?
Le Consortio ne peut pas tout faire. Créer une fondation va nous permettre de donner du sens aux coopérations. Ce sera aussi un lieu de réflexion, de mise en commun des cerveaux. Il ne se fera qu’avec les autres, pas uniquement les membres du Consortio. C’est toujours difficile de commencer et plus la cause est grande… mais on avance en marchant.

L’Etna n’est jamais loin, aurĂ©olĂ© de ses Ă©ternelles fumerolles

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Photos : Fred et Malou